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Le Gardien
"Enfin! La sécurité en toute intimité"

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Un tueur dans votre jardin

Le Québec détient le triste record canadien des noyades en piscine. De simples mesures de sécurité suffiraient pourtant à sauver des enfants.
PAR ANNE PAILLARD

Un après-midi brûlant de l'été dernier, Nathalie Léveillé, de Saint-Hubert, est en visite chez sa sœur et son beau-frère, à Laval, en compagnie de son mari, Eric, et de sa fille de deux ans, Joanie. Les deux couples discutent dans la cuisine, et la petite Joanie sort jouer dans le jardin en compagnie de son cousin Guyaume, trois ans.

Quelques minutes plus tard, on entend Guyaume hurler «Joanie, Joanie!» Intrigué, le beau-frère de Nathalie va voir ce qui se passe... et découvre Joanie flottant sur le dos, inconsciente, et déjà bleue de la tête aux pieds. Il saute à l'eau, attrape l'enfant et crie à l'aide. «Mon premier réflexe, dit Nathalie, a été de serrer son petit corps inanimé dans mes bras. Puis j'ai réalisé qu'elle ne respirait pas et n'avait plus de pouls.» Entraînée aux techniques de réanimation cardiorespiratoire, Nathalie pratique immédiatement le bouche-à-bouche sur sa fille et, quelques minutes plus tard, l'enfant crache de l'eau, ouvre les yeux et se met à pleurer.

Les deux couples ont reconstitué ce qui s'était passé : Guyaume avait grimpé sur une chaise de jardin et ouvert la porte habituellement fermée par un cadenas.

Des accidents comme celui-là sont fréquents. En effet, après l'automobile, ce sont les piscines familiales qui causent le plus d'accidents mortels chez les jeunes enfants au Canada. Elles ont fait 13 victimes chez les moins de cinq ans en 1998, 30 pour 100 de plus que l'année précédente. Et c'est malheureusement le Québec qui détient au pays le triste record du plus grand nombre de noyades : en moyenne sept enfants de quatre ans et moins par année.

«Il faut dire que l'on trouve dans la province près de 300 000 piscines familiales, précise Raynald Hawkins, directeur général de la Sociétéde sauvetage, division du Québec. C'est le ratio par habitant le plus élevé d'Amérique du Nord.»

D'après les statistiques, pour chaque enfant qui meurt noyé, trois ou quatre autres survivent de justesse et doivent être hospitalisés. A cause du manque d'oxygène ayant affecté leur cerveau, de 3 à 6 pour 100 resteront handicapés.

Mortelle attirance

Les petits enfants sont curieux de nature et donc particulièrement vulnérables. «Les avertir ne suffit pas, dit Laura Bemrose, coordinatrice des projets spéciaux à la Société de sauvetage, à Ottawa. L'eau exerce sur eux un attrait irrésistible.»

On ne peut pas attendre d'un enfant de deux ans qu'il agisse raisonnablement. Même s'il a appris à flotter dans l'eau en environnement contrôlé, il se noiera presque automatiquement s'il tombe accidentellement dans une piscine. «La plupart du temps, il y fait une chute en essayant d'attraper un jouet ou en marchant au bord», explique Caroline Gagnon, coordinatrice nationale des services de secourisme de la Croix-Rouge canadienne, à Ottawa.

Les jeunes enfants qui tombent à l'eau coulent généralement en silence, sans éclaboussures, sans agiter ni bras ni jambes. Les scientifiques pensent qu'un vieux réflexe de plongeon, hérité de nos lointains ancêtres aquatiques, les pousse instinctivement à se tourner sur le ventre.

«Dans cette position, dit Laura Bemrose, l'enfant se noie en quelques secondes.»

Une clôture... pour la vie

La plupart de ces accidents pourraient pourtant être évités. Une étude, réalisée en 1999 par le Dr Louise Nolet, du Bureau du coroner, à Québec, a révélé que 75 pour 100 des noyades dans les piscines résidentielles entre 1990 et 1998 étaient imputables à une porte laissée ouverte ou mal verrouillée, un accès libre à la piscine, un espace sous la clôture ou une échelle non relevée ou non rétractable.

Expert en sécurité, professeur adjoint à l'Université McGill et auteur du Rapport national sur les noyades pour la Croix-Rouge canadienne, le DrPeter Barss observe qu'aucune des piscines qui ont fait des victimes en 1998 n'était équipée d'une porte à verrouillage automatique. «Pourtant, dit-il, ce simple dispositif pourrait éliminer le tiers des noyades.»

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