Le Gardien "La sécurité en tout intimité"

Durcir la réglementation

Un après-midi d'été de 1998, Olivia Robinson (nom d'emprunt), deux ans, fait la sieste avec ses parents dans la nouvelle maison qu'ils viennent d'acheter à Toronto. Elle se réveille soudainement et sort sur la terrasse. Ses parents, eux, continuent à dormir. Il n'y a pas de barrière entre la terrasse et la piscine hors terre qui lui est contiguë. Olivia tombe à l'eau et coule à pic. Son père la retrouve peu de temps après au fond de la piscine, mais il est déjà trop tard.

«Les parents n'ont rien entendu», commente Peter Barss. Pour lui, une seule stratégie rendre les clôtures obligatoires.«Il est prouvé qu'une réglementation efficace imposant de clôturer les piscines entraîne une baisse significative des noyades de jeunes enfants», constate-t-il.

Au Québec, Laval et Terrebonne exigent pour les piscines nouvellement construites qu'elles soient entourées d'une clôture. Mais ce sont là des exceptions, et la question est la plupart du temps laissée à la discrétion des conseils municipaux. Cela donne parfois lieu à des règlements bizarres. Les municipalités n'exigent souvent des propriétaires d'une piscine hors terre contiguë à leur terrasse qu'une clôture sur trois côtés, dans la mesure où la maison constitue le quatrième.

«C'est ridicule! s'insurge le Dr Robert Conn, président de Sauve-qui-pense, un organisme de prévention des accidents. Cela revient à admettre que votre propre enfant peut se noyer, mais pas celui du voisin. Il faut absolument une protection sur les quatre côtés.»

Tant que le gouvernement n'imposera pas une réglementation partout au Canada, plaide Peter Barss, de jeunes enfants continueront à se noyer. Et il ajoute que, de la même façon que l'industrie automobile est obligée de livrer ses voitures avec des ceintures de sécurité, les fabricants de piscines devraient avoir l'obligation de fournir un équipement de sécurité de base. Et les compagnies d'assurances pourraient faire leur part en incitant leurs clients à équiper leur piscine de portes munies d'un dispositif de verrouillage automatique.

Mieux vaut prévenir...

En plus d'une réglementation universelle, sévèrement contrôlée, que pouvons-nous faire pour protéger nos enfants?

1. Ne les laissez jamais seuls à proximité d'une étendue d'eau, même s'ils savent nager. En situation de danger, ils se comporteront rarement comme ils le feraient sous supervision. Le Rapport national sur les noyades révèle que 95 pour 100 des enfants de moins de 5 ans qui se sont noyés en 1998 étaient seuls ou en compagnie d'un mineur.

«Déléguez carrément un adulte à la surveillance des enfants lors de la baignade», recommande Sylvain Leroux, consultant en réglementation à Verdun.

2. Même avec une bonne clôture... Ne laissez jamais à proximité un objet sur lequel un enfant puisse grimper. Installez le système de filtration à au moins deux mètres de la piscine. Ne bloquez jamais la porte en position ouverte.

3. Maîtrisez les techniques de réanimation. Une intervention rapide peut sauver une vie, même si l'enfant ne respire plus. «L'ambulance est arrivée au moins 15 minutes après, dit Nathalie Léveillé. On m'a dit que Joanie serait morte si je n'avais pas réagi aussi vite.» Des cours de techniques de réanimation cardiores-piratoire (RCR) sont disponibles à l'Ambulance Saint-Jean ainsi qu'à la Croix-Rouge. On peut aussi obtenir des conseils de sécurité lors de la Semaine nationale de la prévention de la noyade, organisée par la Société de sauvetage, du 16 au 22 juillet.

4. Familiarisez les enfants avec l'eau et apprenez-leur à nager. Mais ne vous croyez pas pour autant dispensé de clôture et de surveillance. Même à l'aise dans l'eau, un enfant ne peut être considéré comme un nageur avant l'âge de 5 ans.

5. Faites des pressions auprès de votre municipalité pour obtenir une réglementation sur les piscines. Faites-le pour les enfants qui chaque été meurent ou restent affligés à vie de dommages au cerveau. «Quand on a une piscine, on n'est jamais trop prudent, conclut Nathalie Léveillé. Un moment d'inattention peut bouleverser à jamais l'existence d'une famille.»

 
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